L’inscription récente au catalogue officiel de cinq variétés de vignes résistantes issues des travaux du chercheur Alain Bouquet marque une avancée attendue pour leur diffusion dans le vignoble français.
Ces nouvelles variétés, identifiées aujourd’hui sous des noms numérotés (Bouquet 3159, 3160, 3176, 3179 et 3196), pourraient être plantées à partir de 2027.
Mais leur dénomination suscite un débat au sein de la filière. Certaines organisations, notamment dans le sud de la France, souhaiteraient que ces cépages puissent faire référence aux variétés historiques utilisées dans leur création, par exemple sous des appellations comme « grenache Bouquet » ou « servadou Bouquet ». L’objectif serait de faciliter leur compréhension et leur commercialisation.
D’autres acteurs s’y opposent. Les experts scientifiques rappellent que ces variétés restent des hybrides, qui ne peuvent pas être assimilés pleinement à des cépages traditionnels. Les représentants des appellations d’origine redoutent également une confusion pour les professionnels et les consommateurs, en brouillant l’identité variétale des vins.
La réglementation actuelle sur les nouvelles variétés végétales limite en effet l’utilisation du nom d’un cépage existant dans la dénomination d’une nouvelle obtention. C’est pourquoi les variétés inscrites portent aujourd’hui uniquement un nom générique suivi d’un numéro.
Interrogé par Vitisphère, Jean-Marie Fabre défend une approche plus ouverte. Pour lui, ces nouvelles variétés représentent une opportunité pour répondre aux défis environnementaux et climatiques, et leur nom ne doit pas devenir un frein à leur diffusion.
Il estime qu’il serait possible d’utiliser des dénominations faisant référence aux cépages d’origine, comme merlot Bouquet ou syrah Bouquet, afin de faciliter leur compréhension et leur adoption par les marchés.
« Ne soyons pas puristes, soyons innovants », plaide-t-il, en appelant à laisser chaque Organisme de Défense et de Gestion décider librement s’il souhaite ou non intégrer ces cépages dans ses cahiers des charges.
Pour le président des Vignerons Indépendants, l’enjeu est aussi compétitif : la France ne peut pas se permettre de s’imposer des contraintes supplémentaires alors que d’autres pays, comme l’Italie, utilisent déjà des noms proches des cépages traditionnels pour leurs variétés résistantes.



